Archives du blog

jeudi 16 avril 2026

La course cycliste Paris-Brest-Paris en 1911, le passage à Pré-en-Pail

 

Paul Trippier, au contrôle de Pré-en-Pail, lors du retour vers Paris
(seule photo que l'on connaisse de ce coureur

Depuis sa création en 1891, le Paris-Brest-Paris cycliste traverse la commune de Pré-en-Pail, aussi bien sur le parcours aller qu’au retour. Et si maintenant l'épreuve est devenue une randonnée cycliste, jusqu’en 1931 elle se déroulait uniquement sous forme de course[1]

Lors de l’édition de 1911, un contrôle fixe était installé à Pré-en-Pail où les coureurs devaient effectuer un pointage en signant un registre. Le photographe Brossier a immortalisé l’évènement par plusieurs clichés, que l’on trouve sous forme de cartes postales. Sur l’une d’entre elles, on y voit Paul Trippier, coureur de la catégorie des Touristes-routiers[2], qui terminera 12ᵉ de l'épreuve, et surtout premier de sa catégorie[3]. Ce n’était pas un mince exploit, tant le niveau était relevé, en effet quatre équipes alignaient des coureurs professionnels ; beaucoup de coureurs chevronnés étaient au départ dont pas moins de cinq vainqueurs du Tour de France : Maurice Garin, vainqueur du premier Tour en 1903, Louis Trousselier (1905), François Faber (1909), Octave Lapize (1910), Gustave Garrigou (1911), et d’autres encore habitués aux places d’honneurs des grandes épreuves.

Parmi les engagés figurait également un coureur local, Edouard Turcan, inscrit comme Trippier en tant que Touriste-routier. Il termina l’épreuve honorablement à la 40ᵉ place[4]. Né à Gandelain dans l’Orne, Edouard Turcan sera par la suite mécanicien-marchand de cycles à Pré-en-Pail dans les années 1920.

Il fallut 55 heures et 30 minutes à Trippier pour boucler les 1 196 km du parcours, soit un peu plus de cinq heures que le vainqueur[5]. Aujourd’hui la moyenne pourrait sembler peu élevée. Ce serait sans compter les conditions nettement plus difficiles à l'époque, sur des routes non goudronnées et avec des vélos peu sophistiqués. De plus les concurrents devaient transporter du matériel pour réparer en cas de panne, mais aussi de quoi éviter fringale et déshydratation. D'autant qu'en cette année 1911 sévissait une forte canicule ; cela devait même contraindre les coureurs à de fréquents arrêts tout au long de la route afin de rechercher des rafraichissements, faute d'avoir pu se charger du ravitaillement suffisant.

Les coureurs ont un important bagage à transporter ...

* * * 

Biographie et palmarès de Paul Trippier

Paul Trippier est né le 4 décembre 1884 au domicile de ses parents, 47 rue de Sèvres, Paris 6ᵉ, il est décédé le 28 mai 1963, Paris 18ᵉ.

Très tôt, il pratique le sport cycliste. Il commence par des courses sur piste, mais rapidement, il se lance dans des courses sur routes. Son profil, 80 kg pour 1,70 m, le range parmi les routiers-sprinteurs. En tant qu’amateur, il termine 4ᵉ de Paris-Roubaix et 4ᵉ de Paris-Beauvais en 1901. Ces succès l’amènent à se proposer comme entraineur (accompagnateur d’un autre coureur sur une partie du trajet) lors des courses de professionnels. Sans doute pense-t-il engranger de l’expérience pour une future carrière. Ainsi pour Bordeaux-Paris, en mai 1901, il offre gratuitement ses services aux différents favoris[6] : Fischer, Gougoltz, Frédérick, Aucouturier, et Foureaux. Toutefois, il n’est pas certain que l’un ou l’autre de ces champions ait accepté la proposition d’un si jeune coureur.

En janvier 1903, il vient juste d’avoir dix-huit ans quand il choisit de devenir coureur professionnel[7]. Trois mois plus tard, en avril, il termine 8ᵉ de Paris-Roubaix, performance qu’il renouvelle en 1904. Il participe au Tour de France à trois reprises sans en terminer aucun, abandon lors de la première étape en 1905[8] et 1906[9], abandon au cours de la quatrième étape en 1911[10]. Entre temps, il a effectué son service militaire dans un régiment de zouaves en Algérie, d’octobre 1906 à septembre 1908[11]. En 1911, il se classe 12ᵉ de Paris-Brest-Paris et 1ᵉʳ de sa catégorie.

Mobilisé dès la déclaration de la guerre en août 1914, Paul Trippier est blessé à la base du cou un mois plus tard par un shrapnel. Fait prisonnier, il est retenu en captivité jusqu’en juillet 1915. Il est ensuite rapatrié an tant qu’infirmier, et est affecté en Algérie où il reste jusqu’en mars 1919.

Il reprend le cyclisme après la guerre. En août 1920, il participe au Critérium des As (Bordeaux-Paris). En 1921 il est au départ de la 4ᵉ édition de Paris-Brest-Paris, course qu’il semble ne pas avoir terminé ; en tout cas, il ne figure pas dans le classement final.

À la fin de sa carrière cycliste Trippier eut quelques démêlés avec la justice à propos de son sport. Il est condamné une première fois en 1922 à 200 francs d’amende pour délit de course, puis à nouveau en 1923, cette fois-ci à 1 000 francs d’amende pour infraction à la loi sur les courses (la sanction sera ramenée à 500 francs après appel).



[1] Créée en 1891, les cinq premières éditions ont lieu sur un rythme décennal jusqu'en 1931, puis deux autres en 1948 et 1951. Le statut des participants est amateur et professionnel de 1891 à 1931, puis uniquement amateur en 1948 et 1951. Par la suite, l'épreuve sera perpétuée seulement sous la forme d'un brevet cyclotouriste, organisé en parallèle de la course à partir de 1931 : le Paris-Brest-Paris randonneur.
[2] Les Touristes-routiers étaient des coureurs qui n'étaient pas assistés (donc, notamment pas d'entraineurs, soigneurs, suiveurs ...), contrairement aux coureurs de la catégorie Vitesse, dont l'assistance était le plus souvent fournie par la marque de la machine qu'ils montaient. Ainsi le règlement de la course interdisait aux coureurs touristes-routiers de changer de vélo en cours de route (les vélos étaient plombés pour éviter toute tentative de triche), et de profiter, tant sur la route qu'aux points de contrôles, de quelque organisation, aides, secours ou ravitaillement ; ainsi des tiers, maisons de cycles ou autres, ne pouvaient placer sur le parcours de la course des pièces de rechange quelconque. Aux contrôles, les coureurs avaient droit néanmoins de commander leur nourriture par avance. Il leur était également autorisé de se faire aider pour réparer leur machine (sur la route et aux contrôles) à condition que cette aide ne provienne pas de la maison dont ils montaient la marque. 
[4] Sur les 145 coureurs engagés (17 dans la catégorie Vitesse, et les 128 dans celle des Touristes-routiers), 67 terminèrent la course. La liste des engagés figure dans le journal « L’Intransigeant », édition du 23 août 1911.
[5] Le vainqueur, Emile Georget, mit 50 heures et 13 minutes.
[6] Journal « L’Auto-vélo », édition du 28 avril 1901.
[7] Journal « Le Radical », édition du 25 janvier 1903.
[8] Equipe Cycles J.C. 
[9] Equipe Labor
[10] Les classements de Paul Trippier au Tour de France 1911 : 57ᵉ place à la 1ᵉ étape (Paris → Dunkerque, 351 km), 55ᵉ place à la 2ᵉ étape (Dunkerque → Longwy, 388 km), 51ᵉ place à la 3ᵉ étape (Longwy → Belfort, 330 km), abandon lors de la 4ᵉ étape (Belfort → Chamonix, 344 km).
[11] Les informations concernant son service militaire et ses condamnations proviennent de sa fiche de matricule (AD Paris, D4R1 1338, Trippier, Paul Edouard, 2237).